Depuis plusieurs années, nous avons vu l’IA agir comme un bibliothécaire de recherche sophistiqué : idéale pour « les meilleures choses à faire à Lisbonne », mais inutile pour vraiment remplir les lits. Cela est en train de changer, à plus d’un titre.
Le dernier changement en date concerne l’arrivée despublicités dans ChatGPT. Selon les récentes annonces d’OpenAI, pour la première fois, les utilisateurs aux États-Unis verront des annonces sponsorisées, par exemple une location de vacances spécifique, directement dans leur interface de chat lors de la recherche d’un séjour le week-end dans une ville historique européenne ou d’une escapade à la plage à Miami.
Pour les gestionnaires professionnels de locations de courte durée, il s’agit là d’un nouveau moment où ChatGPT passe d’un « moteur de suggestions » à un canal de réservation à enjeux élevés. Voici l’analyse RSU de ce qui se passe réellement.
Du conseil à la publicité
OpenAI a récemment lancé ChatGPT Go, un abonnement à 8 $/mois destiné à élargir l’accès à la plateforme. Pour maintenir son activité et nourrir sa soif de revenus après avoir brûlé des milliards, OpenAI teste désormais des publicités pour les formules Free et Go aux États-Unis.
Voici comment cela pourrait fonctionner pour les locations de courte durée. Supposons qu’un voyageur demande « des hébergements historiques cool à Santa Fe ». En plus des informations utiles sur les quartiers et la planification du séjour, il verra maintenant une carte sponsorisée de certains annonceurs, comme dans l’exemple fourni par OpenAI : « Desert Cottages », accompagnée d’un bouton « Discuter avec la marque ». C’est le début d’un nouveau tunnel « agentique », où l’IA va au-delà de la simple conversation pour passer à la vente.

L’infrastructure : le paiement instantané est déjà là
Cette évolution vers la publicité ne se fait pas dans le vide. Depuis septembre 2025, OpenAI déploie le Paiement Instantané.
- Le protocole agentique : Propulsée par l’Agentic Commerce Protocol, cette technologie permet aux utilisateurs d’appuyer sur « Acheter », de confirmer leurs informations et de finaliser la transaction sans jamais quitter la conversation.
- UCP de Google : En parallèle, Google a annoncé son propre Universal Commerce Protocol (UCP) pour afficher l’inventaire en direct et proposer des réservations en temps réel.
Le nouveau coût du business : les « frais agentiques »
La plus grande question pour tout gestionnaire concerne sans doute le coût. Il est peu probable qu’OpenAI propose ce service gratuitement, et nous avons ici un premier aperçu de leur modèle économique.
- Le précédent Shopify : Lors de premiers échanges e-commerce avec des partenaires comme Shopify, on observe une commission d’environ 4 % sur les transactions.
- Casser les prix face aux OTAs : Pour un gestionnaire professionnel habitué à payer 15-20 % à Airbnb ou Booking.com, un « frais agentique » de 4-5 % est très attrayant. OpenAI pourrait délibérément casser les prix des grandes OTAs pour attirer l’offre directe dans son écosystème.
- L’avantage du « marchand officiel » : Contrairement à certains modèles OTA, le protocole agentique a été conçu pour permettre au marchand (vous) de rester le marchand officiel, en gérant paiements et livraisons via vos propres systèmes.
Cependant, « casser les prix » pourrait n’être qu’une stratégie à court terme. Une fois qu’OpenAI aura capté une part significative des recherches voyage, les frais pourraient facilement augmenter jusqu’aux standards des grandes OTAs.

La réalité des gestionnaires : la friction des « données sales »
En tant que gestionnaire, il faut se montrer sceptique sur la donnée. Les agents IA fonctionnent actuellement avec un mélange d’informations en direct et de données en cache, et les résultats peuvent être désordonnés.
Récemment, lors d’une recherche d’hébergements à Los Angeles, un établissement est apparu sur une carte ChatGPT avec une note de 4,1 étoiles, mais un clic vers la source réelle affichait une note Yelp de 3,3. Pour un gestionnaire professionnel, ce décalage est problématique. Si l’IA « vend » un rêve à 4,1 étoiles et que le voyageur découvre un 3,3 à l’arrivée, le gestionnaire — et non OpenAI — devra gérer les demandes de remboursement.

L’essentiel : vers une « confiance lisible par la machine »
L’arrivée des publicités aux États-Unis est le « coin » qui pousse les voyageurs à rester dans l’écosystème IA jusqu’au bout de leur parcours de réservation. Pour y rester compétitif, être un « bon hôte » ne suffit plus ; les opérateurs doivent devenir des « fournisseurs de données propres ».
Pour gagner dans ce nouveau contexte, les propriétés doivent être :
- Synchronisées en temps réel : Si la disponibilité n’est pas parfaitement synchronisée via un protocole du type UCP, le gestionnaire s’expose à des doubles réservations, dans une interface conversationnelle où l’utilisateur attend une confirmation immédiate.
- Structurées pour les agents : Les données des hébergements doivent être lisibles par une machine : des métadonnées propres que l’agent IA peut vérifier en quelques secondes.
OpenAI boucle la boucle. Ils ont le trafic, ils ont maintenant la publicité et l’infrastructure de paiement. Le seul élément qui leur manque encore, c’est votre inventaire en temps réel et sans erreur. Que vous acceptiez la « taxe agentique » d’OpenAI ou restiez fidèle aux OTAs, le principe reste le même pour les professionnels : nettoyez vos données ou restez invisible.
Uvika Wahi est rédactrice chez RSU by PriceLabs, où elle dirige la couverture de l’actualité et l’analyse destinées aux gestionnaires professionnels de locations saisonnières. Elle écrit sur Airbnb, Booking.com, Vrbo, la réglementation et les tendances du secteur, aidant les gestionnaires à prendre des décisions éclairées. Uvika intervient également lors d’événements internationaux majeurs tels que SCALE, VITUR et le Direct Booking Success Summit.




