Il n’y a pas de tribunes au Tour de France. Pas de billets, pas de portails, pas de barrières sur la majeure partie du parcours. Si vous voulez voir les meilleurs cyclistes du monde se battre pour le maillot jaune, il faut gravir une montagne, trouver un morceau de bitume et s’y tenir — assez près, le bon jour, pour entendre la respiration d’un coureur.
En juillet, l’endroit idéal est une station de ski française appelée Alpe d’Huez, et les locations de courte durée sur et sous cette montagne affichent les chiffres les plus spectaculaires observés en Europe cet été : le revenu par location disponible bondit de 430 %.
Vous n’avez pas besoin d’être passionné par le cyclisme — ni par la France — pour que cela ait un impact. Que vos biens soient au Tennessee, dans le Yorkshire ou en Algarve, votre pays possède presque à coup sûr un événement équivalent : une course, un rallye, un marathon ou un festival itinérant qui change d’itinéraire chaque année, annoncé plusieurs mois à l’avance et qui crée un choc de demande d’un week-end sur n’importe quelle petite ville traversée. Le Tour de France n’est que le plus grand et le plus révélateur des exemples — et les chiffres de cette année montrent précisément où l’argent atterrit… et où il ne va pas. Dans cet article, nous analyserons les deux cas, et ce qu’ils signifient pour votre tarification.
Principales conclusions
- L’Alpe d’Huez, qui accueille deux fins d’étape consécutives, affiche une hausse de 263 % des nuits réservées et de 430 % du revenu par location disponible. Pau, dans les Pyrénées, suit de près.
- Les grandes villes de l’itinéraire n’enregistrent presque rien : Paris +17 % en nuits réservées, Bordeaux +57 % — une augmentation réelle mais modérée face à leur intensité estivale habituelle.
- Barcelone, qui accueille le départ, fait exception et confirme la règle : +32 % de nuits réservées, ce qui reste significatif dans une ville aussi animée — car un Grand Départ du Tour de France en Espagne est rare, même dans un pays qui a son propre grand tour.
- Les villes paient à l’ASO, l’organisateur, entre 90 000 € et 130 000 € pour accueillir une étape — et 250 à 300 candidates concourent pour une trentaine de créneaux. Elles savent ce que montrent les données.
- Le parcours est dévoilé chaque mois d’octobre, neuf mois à l’avance. Si un événement mobile passe à proximité, le jour de l’annonce marque le début de votre calendrier tarifaire.
Une course sans stade, suivie bien au-delà de la France
Pour ceux qui ne l’ont jamais suivie : le Tour de France est l’un des événements sportifs annuels les plus regardés au monde, diffusé dans plus de 100 pays sur trois semaines chaque juillet. Sa singularité est d’être sans stade, sans ville-hôte, ni même de pays fixe. L’arrivée se juge chaque année (ou presque) sur les Champs-Élysées (2026 sera la 51e arrivée à Paris ; en 2024, les JO ont déplacé la finale à Nice) — mais tout le reste du parcours est entièrement redessiné chaque année.
L’édition 2026 — la 113e — se déroulera du 4 au 26 juillet : 21 étapes, 3 333 kilomètres, 54 450 mètres de dénivelé. Le Grand Départ — week‑end d’ouverture cérémoniel, un prix en soi — aura lieu à Barcelone, seulement la troisième fois que la course s’élance du sol espagnol, avec les deux premières étapes sur les routes catalanes avant le passage en France. À partir de là : les Pyrénées autour de Pau, une arrivée à Bordeaux, le Massif central, les frontières de l’Est, et une fin de semaine dans les Alpes se concluant par deux étapes d’affilée sur l’Alpe d’Huez avant l’arrivée à Paris.
Et le public au bord des routes est aussi international que l’audience TV. Parce que la course est gratuite, les fans planifient des vacances entières autour d’une montagne précise, à une date précise : Belges, Néerlandais, Allemands, Britanniques, Danois, Colombiens, et une part croissante d’Américains. Ceci est capital pour la demande locative : une étape du Tour déplace non seulement les visiteurs français d’une région à l’autre, mais attire aussi un flux international, de visiteurs séjournant plusieurs nuits dans les bourgs traversés.
Alpe d’Huez : mythique pour les fans, inconnue du grand public
Si vous suivez le cyclisme, l’Alpe d’Huez n’a pas besoin d’être présentée. Sinon, voici la version courte — car le statut unique de cette montagne explique les chiffres ci-dessous.
L’Alpe d’Huez est une station de ski perchée au-dessus de la vallée de l’Oisans dans les Alpes françaises, accessible par une montée de 13,8 km à près de 8 % de pente moyenne, avec 21 virages numérotés. Pour les fans de cyclisme du monde entier, ces 21 virages sont sacrés — l’ascension la plus célèbre du sport, racontée comme les amateurs de foot récitent les finales de Coupe du monde. Pour la majorité, l’endroit reste méconnu. Deux réalités qui coexistent ; toute l’histoire est là.
Le jour de la course, la montée a tout d’un pèlerinage, plus qu’un spectacle sportif. Les fans campent plusieurs jours sur la montagne : des clubs nationaux envahissent des virages entiers — l’un d’eux, orange, est même surnommé Dutch Corner tant il est occupé par les Néerlandais. Il n’y a aucun obstacle sur l’ascension : les spectateurs sont à portée de bras des coureurs dans l’effort. Aucun autre sport mondial n’offre une telle proximité — raison pour laquelle beaucoup traversent la planète pour s’aligner au bord de la route le temps d’un après-midi.
En 2026, l’attrait sera plus fort que jamais : l’Alpe d’Huez accueillera l’arrivée de la 19e et de la 20e étape, deux arrivées au sommet lors de journées consécutives — une première en 113 éditions. C’est très probablement là que le Tour se jouera. D’où l’importance des données sur Le Bourg-d’Oisans : ce modeste bourg en fond de vallée est le passage obligé de tous les fans et le départ officiel de la 20e étape. Quand la montagne est pleine, la vallée absorbe le surplus.
Ce que montrent les chiffres : les grandes villes indifférentes, l’explosion des petits bourgs
Voici le tableau des réservations de juillet, tiré des données PriceLabs, chaque marché étant évalué autour de « sa » fenêtre d’étape par rapport à la même période un an plus tôt :
| Marché | Rôle dans le Tour | Nuits réservées | Taux d’occupation | ADR | RevPAR |
| Alpe d’Huez | Arrivées étapes 19–20 (23–26 juillet) | +263 % | 14 % → 43 % | +71 % (€334) | +430 % (€143) |
| Pau | Étapes 5–6 (8–9 juillet) | +192 % | 18 % → 42 % | +28 % (€100) | +200 % (€42) |
| Le Bourg-d’Oisans | Départ étape 20 (25 juillet) | +27 % | 47 % → 66 % | +69 % (€253) | +134 % (€166) |
| Bordeaux | Arrivée étape 7 (10 juillet) | +57 % | +32 % (relatif) | +10 % (€166) | — |
| Barcelone | Grand Départ, étapes 1–2 (4–5 juillet) | +32 % | 41 % → 44 % | +11 % (€301) | — |
| Paris | Finale étape 21 (26 juillet) | +17 % | — | — | — |
| Biarritz | Hors parcours | +23 % | +12 % (relatif) | +15 % | — |
Source : PriceLabs, évolution annuelle pour la période d’étape de chaque marché, basé sur les annonces publiques Airbnb, Vrbo et Booking.com. Biarritz est utilisé comme référence hors événement (fenêtre août). ADR = prix moyen journalier ; RevPAR = revenu par location disponible.
Lisez le tableau du bas vers le haut. Biarritz, station balnéaire populaire mais loin du parcours, affiche +23 % de nuits réservées : voilà à quoi ressemble un été européen normal et sain. Paris, qui accueille la finale presque chaque année, atteint +17 % – l’impact du Tour y est statistiquement invisible, noyé dans la foule touristique de fin juillet. Bordeaux, abonnée du Tour, connaît une hausse réelle mais modérée. Dans les grandes villes, la vie estivale est telle que même le plus grand événement sportif du monde se noie dans la moyenne.
En haut du tableau, c’est une autre histoire. L’Alpe d’Huez triple son taux d’occupation et multiplie par plus de cinq son revenu par bien loué. Pau bondit de 18 à 42 % d’occupation. Bourg-d’Oisans, ville de vallée, passe de 47 à 66 % à des tarifs majorés de 69 %. Ce sont de petites offres, peu attirantes pour des visiteurs internationaux en juillet habituellement. Quand le Tour s’y pose, quasiment toute la hausse est due à la course — rien d’autre n’a le même impact.
Faut-il n’y voir qu’une question de taille ? En grande partie, mais pas seulement : Barcelone fait exception. Une ville aussi animée que Paris devrait absorber un événement aussi massif — or elle affiche +32 % de nuits réservées à 301 € la nuit. Notre lecture : la rareté. L’Espagne a sa propre Vuelta chaque année — mais un départ du Tour sur sol espagnol n’a eu lieu que trois fois. Pour les Catalans et Espagnols amateurs de cyclisme, l’événement est unique. L’effet nouveauté s’ajoute à la taille. (Note sur l’offre : la hausse des prix à Barcelone intervient dans un marché où la ville a programmé la suppression de toutes les licences de locations touristiques d’ici 2028, mesure confirmée par la Cour suprême espagnole — l’offre plafonnée accentue chaque pic de demande.)
Pour résumer, Richie Khandelwal, cofondateur de PriceLabs, souligne : plus la base d’un marché est réduite, plus un événement ponctuel la bouleverse. Un village rempli un week-end de course génère des variations bien plus fortes qu’une grande ville déjà animée toute l’année.
Pourquoi les petites villes se battent — et paient — pour accueillir
Les villes l’ont bien compris. Accueillir le Tour n’a rien d’une loterie : c’est un appel à candidatures. Les villes paient à l’ASO, organisateur, des droits d’accueil — environ 90 000 € pour un départ, 130 000 € pour une arrivée selon les chiffres 2023 de l’ASO — et certaines villes étrangères auraient payé entre 5 et 6 millions € pour un Grand Départ, comme Bruxelles en 2019. Environ 250 à 300 villes candidates luttent chaque année pour une trentaine de places, et le coût réel, une fois les travaux routiers et les aménagements de foule intégrés, dépasse souvent le double des droits.
Pourquoi une telle demande ? Pour exactement ce que le tableau montre : un week-end complet à guichet fermé à des tarifs doublés, une image planétaire à la télévision, une vague de visiteurs étrangers qui ne seraient jamais venus. Les maires, en fait, ont déjà fait le calcul du revenu ; les hôtes sur le parcours devraient faire de même — en gardant à l’esprit que la réglementation française se durcit sur les locations de courte durée.
Ce que cela signifie pour les gestionnaires immobiliers — bien au-delà de la France
Comme expliqué plus haut, le Tour n’est que l’exemple le plus marquant. Le Giro d’Italia et la Vuelta changent d’itinéraire chaque année. Même logique pour de nombreux rallyes, courses point-à-point et festivals itinérants dans le monde entier. La recette est la même — largement inspirée de ce que nous avions exposé pour les JO de Paris 2024 :
- L’annonce du parcours dicte votre calendrier tarifaire. Le tracé du Tour est dévoilé chaque octobre, neuf mois avant la course. Si une étape arrive à distance de voiture de vos biens, ce jour-là — et non la semaine de l’événement — marque la date de modification de vos tarifs. Le choc de demande est prévisible bien en amont.
- L’opportunité se concentre là où la demande habituelle est la plus faible. Ne regardez pas la grande ville sur l’affiche : visez les petites villes tracées sur la carte, et les villages/vallées à proximité des étapes clés — l’effet Bourg-d’Oisans. Là, l’occupation peut tripler.
- Les invités des événements réservent tardivement — tarifez et ajustez en conséquence. Les suiveurs réservent peu avant la course, pour de courts séjours et paient pour l’emplacement. Gardez de l’inventaire, ajustez les durées minimales de séjour à l’approche de l’événement et appliquez les stratégies de réservation de dernière minute.
- Vérifiez l’offre avant d’interpréter les pourcentages. Une hausse de 263 % sur 80 annonces n’a pas la même portée que 263 % sur 8 000 — le principe de précaution côté offre vaut aussi pour les pics événementiels.
Le Tour de France ne requiert ni stade, ni adresse fixe — juste une montagne, 21 virages et aucune barrière entre les fans et la route. C’est ce qui en fait une étude de la demande particulièrement pure, renouvelée chaque été sur de nouveaux marchés. Reste à observer votre propre environnement : un événement mobile passera-t-il près de chez vous dans les douze prochains mois, et quel effet la dernière visite a-t-elle eu sur votre taux d’occupation et vos prix localement ? Les tableaux de bord PriceLabs montrent l’historique ; l’annonce du parcours vous donne la date. Le reste n’est qu’organisation.
Thibault Masson est un expert reconnu en gestion des revenus et en stratégies de tarification dynamique dans le secteur de la location saisonnière. En tant que responsable du marketing produit chez PriceLabs et fondateur de Rental Scale-Up, Thibault aide les hôtes et les gestionnaires immobiliers grâce à des analyses concrètes et des solutions basées sur les données. Fort de plus de dix ans d’expérience dans la gestion de villas de luxe à Bali et à Saint-Barthélemy, il est un conférencier recherché et un créateur de contenu prolifique, capable de rendre simples des sujets complexes pour un public international.




