Un boom des réservations domestiques arrive-t-il sur vos locations de vacances cet été ? Voici comment le savoir

Le prix du carburant pour avions a plus que doublé depuis février. Les compagnies aériennes ont supprimé des millions de sièges de leurs programmes d’été. Spirit Airlines — le plus grand transporteur low-cost des États-Unis — a cessé complètement ses activités. Et il se pourrait que l’Europe ne dispose que de 30 jours de réserves en kérosène.

Si vous gérez des locations de vacances en Europe, vous vous demandez probablement : est-ce que cela signifie plus de clients nationaux cet été ? Et dois-je adapter mes tarifs ?

La réponse courte : cela dépend entièrement de l’emplacement de vos biens et de la typologie de votre clientèle habituelle. Nous n’avons pas encore de données confirmant un véritable basculement massif vers le marché domestique — mais les conditions sont réunies. Voici comment lire la situation, et ce que vous pouvez réellement faire.


La crise énergétique est réelle, mais l’impact est inégal

Les chiffres sont frappants. Le prix du kérosène est passé de 831 $ la tonne fin février à plus de 1 500 $, avec un pic à 1 838 $ — une hausse de plus de 120 % (BBC News, avril 2026). Le détroit d’Ormuz, qui fournit habituellement environ 20 % du commerce mondial de kérosène, est pratiquement bloqué depuis huit semaines.

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L’Europe est particulièrement exposée. Le continent importe plus de la moitié de son carburant aérien, provenant en grande partie du Golfe (Agence internationale de l’énergie). Le Royaume-Uni fait pire — 65 % de son kérosène est importé, et deux de ses raffineries ont fermé ces deux dernières années, n’en laissant que quatre opérationnelles (BBC InDepth). L’AIE a averti que si les perturbations persistent, des pénuries physiques pourraient survenir dans certains aéroports dès juin.

Les compagnies aériennes réagissent. Lufthansa a supprimé 20 000 vols entre mai et octobre (Financial Times). Air France s’est vu interdire d’ajouter des liaisons vers Singapour ou Tokyo (BBC News). Le coût non couvert en kérosène d’EasyJet lui a coûté 25 millions de livres rien qu’en mars (BBC News). Les tarifs long-courriers explosent — Londres-Melbourne est 76 % plus cher que l’an passé (Skift).

Aux États-Unis, Spirit Airlines — autrefois l’un des transporteurs low-cost les plus rentables du pays — a mis fin à ses opérations, invoquant une « hausse durable du prix du carburant » (Skift, avril 2026). D’autres compagnies low-cost américaines sollicitent une aide gouvernementale de 2,5 milliards de dollars.

Mais voici la nuance que beaucoup oublient : les prix des vols court-courriers en Europe n’ont pas encore flambé. Le PDG de Wizz Air affirme que les compagnies aériennes baissent en réalité leurs prix sur les trajets courts pour surmonter l’hésitation des voyageurs (BBC InDepth). Des compagnies low-cost bien couvertes comme Ryanair utilisent leur avantage pour faire pression sur les concurrents moins protégés. Ainsi, voyager vers l’Espagne ou la Grèce n’est pas encore devenu beaucoup plus cher — pour l’instant. Le risque, ce sont les perturbations de l’offre et les annulations, pas le prix. Du moins pour l’instant.


Quels marchés pourraient en profiter et lesquels sont les plus exposés

Tous les marchés de la location de vacances en Europe ne sont pas affectés de la même manière. Le facteur clé : à quel point votre marché dépend-il du tourisme international par avion, par rapport à la clientèle locale qui se déplace en voiture.

Marchés très domestiques, accessibles en voiture — positionnés pour en profiter :

L’Allemagne est le marché touristique le plus domestique d’Europe, avec environ 75 % des nuitées assurées par des résidents allemands (Eurostat). La côte Baltique, la Bavière et la Forêt Noire sont presque entièrement accessibles en voiture. Quand les Allemands ne peuvent pas prendre l’avion à bas prix — ou ne font pas confiance à l’opérationnalité de leur vol — ils restent dans leur pays. L’Allemagne est également le plus gros marché émetteur d’Europe, donc même un faible pourcentage de voyageurs qui restent sur place fait une grande différence.

La France est similaire avec environ 61 % de séjours domestiques (Eurostat). Les familles françaises conduisent vers la Bretagne, la Normandie, le Périgord et le sud. La culture des vacances nationales y est déjà forte et n’a pas besoin de l’avion.

Le Royaume-Uni est autour de 64 % de clientèle domestique (ONS). La Cornouailles, le Lake District, le Devon et les côtes galloises sont quasi exclusivement des marchés automobiles. Pour les familles britanniques, le choix est simple : quand un vol à petit prix vers l’Espagne devient incertain, la solution de secours est de conduire trois heures jusqu’au Devon. Le RAC indique que le pont du mois de mai sera le plus chargé depuis 10 ans, avec 19 millions de trajets loisirs prévus — malgré un plein d’essence qui coûte 13 £ de plus par rapport à l’an dernier. Seuls 6 % des conducteurs citent le prix du carburant comme raison pour ne pas voyager (RAC, mai 2026). Les familles anglaises absorbent le surcoût du carburant routier.

Cela dit, « positionnés pour en profiter » ne signifie pas que chaque bien dans ces régions verra un afflux massif. La part de la région South West dans les nuitées britanniques a diminué — de 20 % en 2022 à 16 % en 2025 (VisitBritain) — donc tout effet positif dû à la crise énergétique se heurte à une tendance structurelle de fond. La question est de savoir si vos propriétés précises, dans votre micro-marché, bénéficient de cet effet. Plus d’informations sur la vérification ci-dessous.

Marchés très internationaux, accessibles seulement en avion — les plus exposés :

La Grèce est le marché majeur le plus vulnérable d’Europe, avec 84 % des nuitées assurées par des visiteurs internationaux, arrivant quasiment tous par avion (Eurostat). Les îles dépendent entièrement des vols en provenance du Royaume-Uni, d’Allemagne et de France. Si la capacité aérienne européenne se réduit ou si les annulations se multiplient, le tourisme grec souffrira de manière disproportionnée.

Le Portugal compte environ 67 % de séjour international (Eurostat). L’Algarve dépend fortement des vols anglais et allemands. Lisbonne s’est un peu diversifiée, mais les zones littorales sont des destinations classiques accessibles uniquement en avion.

L’Espagne est à environ 65 % de clientèle internationale (Eurostat). Les Costas, Baléares et Canaries ont besoin des vols économiques venus du nord de l’Europe. Le tourisme domestique espagnol existe bien sûr, mais le moteur de l’industrie reste le flux aérien entrant.

La Croatie est également très exposée — à Dubrovnik, 80 % des visiteurs arrivent par avion (Office du Tourisme croate). L’office de tourisme local a décrit la situation comme « très, très difficile » (AP, avril 2026).

Marchés mixtes :

L’Italie se partage à environ 55 % international, 45 % domestique (Eurostat). Les Italiens conduisent volontiers vers leur propre littoral et campagne — Pouilles, Sardaigne, Toscane. Mais les destinations phares (Venise, Florence, Amalfitaine) sont très orientées vers l’international et accessibles surtout en avion. L’impact dépend donc de la région d’Italie où vous êtes implanté.


Ce n’est pas le Covid — et c’est important

Durant le Covid, la conduite était peu coûteuse et l’avion, interdit ou effrayant. Résultat : les arrivées internationales en Europe se sont effondrées de 65 % tandis que la demande domestique ne baissait que de 26 % (OMT). Les recherches de « staycation » au Royaume-Uni ont augmenté de 500 %. Les locations rurales et côtières ont fait le plein.

Cette fois, la situation est différente sur plusieurs points clés.

La conduite coûte aussi plus cher. Au Royaume-Uni, l’essence atteint 157p le litre (86 £ pour faire le plein d’une familiale, soit 13 £ de plus que l’an dernier). Le gasoil est à 189p (104 £ le plein, soit +27 £) (RAC, mai 2026). Pour un court trajet domestique de 2 à 4 heures, le surcoût reste gérable — environ 20 à 30 £ l’aller simple. Mais pour les longs trajets internationaux — le couple néerlandais en caravane vers le Portugal, ou la famille allemande en route pour la Croatie — la facture du carburant a beaucoup augmenté. Un aller-retour de 3 200 km qui coûtait 300 £ de carburant en coûte désormais 450 à 500 £. L’avantage automatique du coût de la voiture disparaît pour les très longues distances.

Les vols existent — ils sont juste moins certains. Pendant le Covid, il était tout simplement impossible de voler. Aujourd’hui, c’est possible, mais certaines liaisons ont été coupées, et une réelle incertitude plane sur le maintien des programmes d’été. Le gouvernement britannique (FCDO) indique qu’il « n’y a pas besoin à ce jour de modifier ses plans de voyage » — mais ce simple titre sème le doute.

Le vrai moteur n’est pas le prix — c’est l’incertitude, spécifiquement liée aux vols. Les familles qui réservent leur été en ce moment lisent des titres sur des pénuries de carburant, des faillites de compagnies et d’éventuelles annulations. Même si leur vol particulier n’est pas annulé, le doute suffit à faire pencher la décision. « Réservons au Royaume-Uni » ne requiert pas de comparaison rationnelle de coûts, mais simplement l’angoisse de ne pas voir son avion décoller.

À l’inverse, le coût de la conduite ne paraît pas dissuader. Les chiffres du RAC sont limpides : 19 millions de déplacements prévus pour le week-end de mai, seulement 6 % freinés par le prix du carburant. Les familles absorbent le surcoût de l’essence sur les trajets domestiques courts sans hésiter.

Donc, la réalité, c’est :

Les courts trajets domestiques (Cornouailles, Lake District, Bretagne, Bavière) sont les mieux placés pour profiter de la situation. Le surcoût d’essence est faible et l’alternative — un vol incertain — est moins tentante. Ces marchés devraient enregistrer plus de demande domestique, sans toutefois retrouver le pic de la période Covid.

Les longs trajets internationaux en voiture (Pays-Bas-Portugal, Allemagne-Croatie) ne profitent pas automatiquement. Le trajet lui-même est désormais coûteux. Ces voyageurs choisissent entre deux options chères.

Les destinations accessibles en avion (îles grecques, Algarve, Costa del Sol) sont les plus à risque — mais davantage à cause des annulations ou perturbations, pas uniquement des prix. Les tarifs court-courriers n’ont pas encore explosé. Le danger, ce sont les annulations et tensions sur l’offre au fil de l’été, surtout si les réserves de kérosène continuent de baisser.


Que faire concrètement ?

Si vous gérez des biens en location saisonnière en Europe, la vraie question n’est pas de savoir si un boom domestique s’annonce au niveau national. C’est de voir s’il touche vos biens spécifiques, sur votre micro-marché, à cet instant précis.

Voici comment vérifier — chaque semaine.

1. D’où viennent vos nouveaux clients ?

Comparez vos réservations récentes — domestiques versus internationales — à la même période l’an dernier. Plus de codes postaux locaux ? Moins d’adresses étrangères ? Voilà le signal. Si vous êtes sur une destination accessible en voiture (Cornouailles, Lake District, Bretagne, Forêt Noire), vous devriez constater l’effet en premier. Si vous êtes sur une ville dépendante des clients internationaux (Londres, Barcelone, Lisbonne), la situation est différente — les perturbations aériennes risquent de vous pénaliser plus qu’autre chose.

2. Votre prise de réservations accélère-t-elle ?

Combien de nouvelles réservations cette semaine par rapport à la même semaine l’an dernier ? C’est le signal le plus précoce d’un changement de tendance. Si votre pickup est en hausse, la demande progresse — même si votre calendrier semble plus vide à cause de réservations plus tardives. Si votre pickup stagne ou baisse, les gros titres nationaux ne se traduisent pas par une hausse de demande sur vos biens.

3. Et vos taux de remplissage par mois ?

Sortez les taux d’occupation de juin, juillet, août par rapport à la même date l’an passé. Pas par rapport à votre objectif — par rapport au réalisé. Si juin est équivalent et que juillet monte, c’est un marché qui se remplit normalement mais tard. Si juillet est nettement en avance par rapport à l’an passé — c’est peut-être la vague domestique qui arrive plus tôt. Si les chiffres sont en retard et l’écart se creuse, n’attendez pas pour agir.

4. Analysez par type de bien.

Un cottage familial 4 chambres dans le Devon profite directement du « on conduit au lieu de voler ». Un studio urbain non. Les biens familiaux en zone rurale ou littorale accessibles en voiture verront le signal d’abord. La moyenne de votre portefeuille peut dissimuler la tendance.

5. Observez la fenêtre de réservation.

Voyez-vous plus de réservations à moins de 14 jours qu’il y a un an ? C’est précisément le client domestique de dernière minute qui vient de renoncer à l’avion. C’est celui pour lequel il ne faut surtout pas déjà avoir bradé vos prix.


Reliez ces signaux à vos tarifs

Si vous voyez la vague domestique dans vos chiffres — gardez vos tarifs. Vous avez plus de demande à venir, peut-être à la dernière minute. Baisser les prix maintenant vous prive exactement de ce supplément à capter.

Si vous ne la voyez pas — ne supposez pas qu’elle va arriver simplement parce que le Financial Times l’annonce. Un gestionnaire à Londres ne doit pas tabler sur un boom du « staycation ». À Cornwall, rien n’indique que l’effet soit automatique alors que la part régionale sur les nuitées britanniques baisse depuis trois ans (VisitBritain).

Dans tous les cas, soyez fixé maintenant. Pas en juillet. Demandez à quelqu’un de sortir ces chiffres chaque semaine et d’en faire rapport : a-t-on plus de réservations domestiques ? La prise de réservation s’accélère-t-elle ? Les taux de remplissage avancent-ils ou prennent-ils du retard ?

L’enjeu n’est pas de prévoir le boom. C’est de le constater quand il arrive — sans avoir déjà bradé vos tarifs avant.

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