L’Espagne a enregistré 61 jours de canicule en 2026, plus que n’importe quelle autre année depuis le début de ses relevés, et l’occupation des locations de courte durée en Espagne a augmenté. L’Italie a connu son été le plus chaud depuis 1950, et l’occupation italienne a également augmenté. Le déplacement vers les pays nordiques plus frais, dont le secteur a parlé tout l’été, s’est traduit par deux ou trois points d’occupation supplémentaires en juillet.
Les canicules de 2026 ont moins modifié les réservations européennes que ne le suggèrent les gros chiffres de l’année. La majorité des grands mouvements dans les données provenaient de nouvelles annonces, de deux registres nationaux de location et d’un jour férié déplacé hors du mois de juin. Ce que la chaleur pourrait avoir changé concerne plutôt le moment où les voyageurs se déplacent que leur destination.
Toutes les données ci-dessous proviennent des données de marché PriceLabs couvrant la France, l’Italie, l’Espagne, le Danemark, la Norvège, la Suède et la Finlande, ainsi que onze villes, collectées début septembre 2026.
Ce qu’ont relevé les trois agences météorologiques
- France. Météo-France a enregistré un été à 24,0 °C, le plus chaud depuis 1900, avec 53 jours de canicule répartis sur trois épisodes : du 17 au 30 juin, du 4 au 19 juillet et du 28 juillet au 19 août.
- Espagne. L’AEMET a comptabilisé 61 jours de canicule sur la péninsule et aux Baléares, un record absolu contre 41 en 2022 et 36 en 2025, répartis sur les épisodes du 20 au 27 juin, du 2 au 24 juillet et du 28 juillet au 20 août. Murcie a atteint 44,2 °C le 23 juillet.
- Italie. Le CNR a enregistré une moyenne estivale de 24,3 °C, la plus élevée depuis 1950, avec un mois d’août à 25,6 °C battant le précédent record d’un degré entier. Rome, Florence et Turin ont été touchées à plusieurs reprises.
Les épisodes espagnols et français ont presque les mêmes dates, ce qui permet une comparaison directe entre ces marchés.
Le mouvement vers le nord était réel et s’est limité à deux ou trois points d’occupation
En juillet, l’occupation a augmenté de 2,9 points en Suède, 2,5 points au Danemark et 2,0 en Norvège. C’est toute l’ampleur du déplacement vers des destinations plus fraîches, et cela s’est produit lors d’un mois de juillet avec une moyenne de 24,9 °C, mois le plus chaud jamais mesuré en France. Un hôte nordique espérant que la chaleur transformerait sa saison a ainsi gagné deux ou trois nuits par mois sur un calendrier de trente nuitées.
L’Europe du Sud a progressé également au même moment. L’occupation espagnole a augmenté de 1,7 point en juillet, et celle de l’Italie de 1,2 point. Aucun marché du Sud dans notre panel n’a perdu de terrain ce mois-là, et cinq des six régions du sud de l’Italie que nous suivons ont augmenté leur occupation en juin et juillet. Les hôtels racontent la même histoire : le panel MKG place l’occupation hôtelière espagnole au-dessus de 82 % en juin et juillet, avec un mois d’août qui commence 3,2 points plus haut que l’an dernier.
La taille compte dans la lecture de ces hausses. Les quatre pays nordiques réunis ont vendu 3,37 millions de nuitées en juillet. La France à elle seule en a vendu 14,74 millions. Un gain de 10 % à Helsinki et 10 % à Marseille ne représente pas le même nombre de voyageurs, et un exploitant du Sud qui perd un point d’occupation perd plus de réservations que ce qu’un opérateur nordique gagne avec trois points.
Les locations du Sud ont gardé leurs clients, et presque toutes sont climatisées
L’Agence Internationale de l’Énergie évalue à environ 20 % la part des ménages européens possédant la climatisation, un niveau faible comparé au reste du monde et très inégal selon les régions. Nos données montrent à quel point cet équipement est inégalement réparti dans les locations.
| Ville | Offres équipées de climatisation |
| Palerme | 97% |
| Séville | 96% |
| Naples | 95% |
| Montpellier | 50% |
| Toulouse | 37% |
| Bergen | 27% |
| Helsinki | 20% |
| Oslo | 14% |
| Copenhague | 2% |
| Saint-Malo | 2% |
(Cela ne concerne que les offres pour lesquelles les données d’équipement sont renseignées, donc pas tous les biens dans chaque ville.)
Un voyageur qui réserve à Palerme en août choisira entre des appartements climatisés et n’a aucune raison de regarder ailleurs. Un voyageur qui réserve à Copenhague n’a pratiquement aucune option rafraîchie, ce qui aura de plus en plus d’importance à mesure que les étés nordiques se réchauffent et que les hôtes se retrouvent à devoir rivaliser sur une caractéristique qu’ils ne possèdent pas.
Les voyageurs décrivent le phénomène comme plus important qu’ils n’agissent réellement dessus. La Commission Européenne du Tourisme a constaté que 76 % des Européens déclaraient que le climat influençait leurs voyages, alors que seulement 16 % recherchent effectivement des destinations plus fraîches, et les destinations méditerranéennes représentent encore 59 % des voyages prévus. Ce 16 %, c’est à peu près la taille du mouvement que reflètent nos chiffres d’occupation.
La climatisation rapporte seulement là où les concurrents n’en ont pas
Toulouse est le seul marché chaud de notre panel à présenter une vraie disparité : 37 % des offres sont climatisées, 63 % ne le sont pas, et l’écart entre les deux est marqué. Les biens climatisés ont gagné trois points d’occupation en juillet alors que les non climatisés en ont perdu trois. En août, les climatisés sont restés stables et les non climatisés ont perdu cinq points. Un hôte toulousain sans climatisation a donc perdu environ une nuit et demie d’occupation en août par rapport à celui qui en dispose.

Faites le même test à Séville, où 96 % des offres sont déjà climatisées, et aucun effet ne se voit. Un équipement cesse de générer une plus-value lorsqu’il devient la norme minimum, et dans la majeure partie du sud de l’Europe, la climatisation a franchi ce cap il y a déjà un certain temps.
Le changement le plus visible concerne le moment, pas la destination
C’est en septembre que les chiffres de 2026 évoluent le plus. Ces données divisent les nuits réservées par le nombre de biens sur le marché, car le nombre d’annonces a fortement augmenté cette année et cela gonfle mécaniquement le total.

Helsinki a 37,6 % de nuits réservées de plus par bien pour septembre que l’année dernière à la même date. Juillet et août de Copenhague étaient stables ou en léger recul, mais septembre progresse encore de 10,2 %, de sorte que le gain de septembre n’est pas dû à un été fort.
Septembre avance par rapport à l’an dernier, mais n’a pas encore dépassé le résultat final de septembre passé. Oslo compte actuellement 64 147 nuits contre 78 334 à la fin septembre dernier, et Helsinki 24 717 contre 29 985. Les réservations de dernière minute comblent généralement la majeure partie de cet écart, donc ces chiffres reflètent un rythme et non un mois achevé.
Les chiffres pays vont dans le même sens. Les nuits réservées pour septembre progressent de +28,1 % en Italie, +16,6 % en Espagne et +13,0 % en France, contre +12,1 %, +0,2 % et +7,5 % pour août. La Commission Européenne du Tourisme a constaté que 81 % des Européens prévoyaient de voyager entre juin et novembre 2026, soit quatre points de plus que sur la même période l’an dernier, ce qui montre une saison qui s’allonge plutôt qu’une migration marquée de la demande.
Les hôtels français observent la même tendance mais l’expliquent différemment. Alliance France Tourisme, qui publie le panel hôtelier MKG, rapportait le 19 août que les réservations pour la seconde moitié d’août dépassaient de 2 à 5 points celles de l’an passé, avec un mois de septembre stable ou en légère progression et la dernière semaine d’août jusqu’à 2 à 6 points d’avance, alors que la majorité des réservations restaient à venir.
Selon eux, il s’agit davantage de budgets que de météo. Les tarifs estivaux records cette année ont fait que les voyageurs libres sur leurs dates les ont décalées plus tard, vers les semaines où hôtels et locations coûtent moins cher. Chaleur et prix poussent les voyageurs dans la même direction, hors du pic estival vers l’arrière-saison, ce qui signifie qu’un hôte ne peut pas distinguer, à une réservation de septembre, si la chaleur ou le prix en est la cause.
Pourquoi les gros chiffres trompent
Un jour férié déplacé hors du mois de juin
Juin 2026 a connu l’épisode caniculaire le plus intense des trois, et l’occupation a reculé dans six de nos sept pays, dont tous les nordiques : Finlande -3,0 points, France -1,7, Norvège -1,2, Suède -0,9, Italie -0,9 et Danemark -0,5. Seule l’Espagne a progressé cette période.
Une vague de chaleur qui pousse des voyageurs du sud vers le nord ne peut pas faire baisser l’occupation dans les deux à la fois. C’est le calendrier qui l’explique : le lundi de Pentecôte est tombé le 9 juin en 2025 et le 25 mai en 2026, déplaçant tout le grand week-end hors de juin, et vers mai en France, Norvège, Danemark, Allemagne, Belgique et Pays-Bas. L’Espagne n’en fait pas un jour férié, et c’est elle qui a progressé sur la période. Le même mécanisme s’est retrouvé à Pâques, quand un décalage des vacances scolaires françaises a laissé la Bretagne afficher une demande en recul de 26 %, sujet traité dans Pâques 2026 : les villes abordables gagnent. Tout hôte français ou nordique qui compare juin de cette année à celui de l’an dernier compare un mois avec un long week-end à un mois sans.
L’essentiel de la croissance provient de nouvelles annonces

L’Espagne est le seul pays dont le total national a reculé et le seul où le bien moyen a clairement vendu plus que l’année précédente. Les hôtes finlandais et danois ont vu leur total national croître d’environ 20 % alors que chaque bien vendait moins de nuits qu’en 2025.
Les chiffres du Danemark semblent contradictoires, mais ne le sont pas. L’occupation a progressé de 73,8 % à 76,3 % alors que le nombre de nuits par bien reculait de 2,4 %. L’explication probable est que beaucoup des 24,9 % de nouvelles annonces ajoutées cette année sont disponibles moins de jours, donc l’occupation des nuits vraiment proposées peut augmenter alors que le nombre de nuits vendues par bien baisse.
Oslo montre la même logique au niveau local : les nuits vendues montent de 33 %, le nombre de biens de 24 %, l’occupation passe de 51 % à 54 %. Les trois quarts de la progression tiennent donc à plus d’offres sur le marché.
En deux ans, aucun marché nordique n’a vendu plus de nuits par bien. La Finlande affiche -15,0 %, le Danemark -8,1 %, la Norvège -2,4 % et la Suède -0,8 %. La croissance provient du nombre d’annonces ; les hôtes nordiques se partagent donc la même demande entre plus de concurrents qu’il y a deux étés.
Deux registres de location expliquent le reste
Le Codice Identificativo Nazionale italien, un code national obligatoire pour chaque location de courte durée, est devenu obligatoire le 1er janvier 2025. L’absence de code entraîne une amende pouvant aller jusqu’à 8 000 € et une obligation pour les plateformes de retirer l’annonce. Ces deux registres font partie du renforcement réglementaire que nous avons cartographié dans La date limite de données de l’UE du 20 mai. La Confcommercio a rapporté que 20 % des locations florentines avaient disparu. Le nombre d’annonces en Italie a baissé en 2025 puis a récupéré en 2026, donc la croissance italienne de 2026 traduit surtout une remontée vers le niveau d’avant plutôt qu’un afflux de nouveaux voyageurs.
Le Número de Registro Único de Arrendamientos espagnol, créé par le Real Decreto 1312/2024, est devenu obligatoire pour toute annonce à partir du 1er juillet 2025. L’Espagne compte environ 45 000 annonces de moins ce juillet par rapport à l’année passée, et c’est cette contraction, plus qu’une perte de voyageurs, qui a tiré vers le bas le total national des nuits réservées. Nous avons montré le même effet sur le pouvoir de fixation des prix lors de la route de l’éclipse dans Éclipse solaire Espagne 2026.
Murcie montre pourquoi un gain d’occupation peut induire en erreur
Murcie a perdu un tiers de ses annonces en juin et un quart en juillet, ses nuits réservées ont chuté de 21 % environ, et l’occupation a pourtant augmenté de plus de cinq points sur les deux mois. Cela ne signifie pas que qui que ce soit à Murcie ait vendu plus : les biens qui peinaient à se remplir sont sortis de la moyenne, de sorte qu’un hôte murcien lisant l’occupation du marché aurait vu une hausse qui n’aurait jamais atteint son propre calendrier.
L’Espagne a vendu moins de nuits mais plus gagné
Exceltur a constaté une hausse de 8,2 % des dépenses touristiques en Espagne entre avril et juin. Les dépenses ont augmenté tandis que le nombre de nuits réservées baissait, ce qui est une deuxième raison d’interpréter la baisse comme un phénomène d’offre plutôt que de demande. Exceltur attribue cette force à la réorientation des voyageurs internationaux vers l’Espagne en raison de l’instabilité au Moyen-Orient et de sa réputation de destination sûre, alors que la Turquie recule de 3,8 % et Chypre de 18,3 % sur la même période.
À retenir pour l’été prochain
Occupation et nuits réservées ont raconté des histoires opposées en 2026, et une seule reflétait le vécu des hôtes. Quand le nombre d’annonces a augmenté, les totaux nationaux sont montés sans impact pour les calendriers individuels ; quand un registre a retiré des annonces, les totaux nationaux ont baissé mais les biens restants ont tourné plus pleins.
La climatisation a généré une prime à Toulouse, où la plupart des offres n’en sont pas équipées, et aucune à Séville, où presque toutes en ont. La valeur de cet équipement suivait sa rareté, non la température réelle extérieure.
Septembre s’est déplacé davantage qu’aucune destination. Ce déplacement tient à la fois à la chaleur et aux prix, et il s’exprime comme un rythme et non comme un résultat final, ce qui est une nuance importante dans l’analyse de la croissance.
Le recul de juin dans six pays relève d’un effet calendaire, et les marchés qui l’ont interprété comme un dommage lié à la chaleur lisaient en réalité l’impact d’un long week-end décalé en mai.




