La première enquête menée par l’UE au titre du Digital Services Act contre Booking.com place la prévention des escroqueries, les données des voyageurs et la visibilité payante sous le même projecteur, et toutes les plateformes de réservation observent de près.
- Ce qui a changé : Le 21 octobre 2026, la Commission européenne a ouvert une procédure officielle afin de déterminer si Booking.com a suffisamment évalué et réduit les annonces frauduleuses et le phishing, et si ses « annonces boostées » payantes sont clairement indiquées comme publicités.
- Qui est concerné : Les hôtes et gestionnaires publiant des annonces sur Booking.com en Europe, en particulier ceux qui partagent des liens de paiement avec les voyageurs ou payent une commission plus élevée pour obtenir de la visibilité.
- À surveiller : Les éventuels engagements de Booking.com, les changements sur la gestion des données voyageurs et des messages, et si les annonces boostées porteront une mention publicitaire.
En septembre, des dizaines de voyageurs se sont retrouvés devant le même immeuble du 7e arrondissement de Paris, à quelques rues de la tour Eiffel. Ils avaient tous réservé le même appartement sur Booking.com à 70 € la nuit. Il n’existait pas.
La gardienne de l’immeuble a déclaré au Parisien qu’au moins une centaine de personnes s’étaient présentées en une seule journée et que « certains ont dû dormir dans leur voiture ». Son agacement portait moins sur les escrocs que sur le délai : « Ce que je ne comprends pas, c’est que Booking.com n’a pas bloqué l’annonce en quatre jours. » (Citations traduites du français.)
Un mois plus tard, cette même question – la vitesse et l’efficacité de la détection et de la suppression des fraudes sur une plateforme – est au centre d’une enquête officielle de Bruxelles.
Sur quoi l’UE enquête-t-elle concernant Booking.com ?
Le 21 octobre, la Commission européenne a ouvert une enquête formelle contre Booking.com au titre du Digital Services Act (DSA), législation européenne imposant des obligations de sécurité et de transparence aux grandes plateformes en ligne. Il s’agit de la première enquête DSA visant l’entreprise.
La Commission s’intéresse à trois axes :
- Annonces frauduleuses ou non conformes : si Booking.com évalue correctement le risque de faux logements, d’usurpation d’identité ou de locations ne respectant pas les règles locales, et s’il les retire efficacement.
- Phishing via des données de réservation réelles : si la manière dont les données de réservation et des voyageurs sont partagées avec les hébergeurs, ainsi que la conception du service de messagerie de Booking.com, laissent une porte ouverte aux escrocs pour « solliciter des paiements frauduleux ».
- Annonces boostées : si les annonces qui apparaissent plus haut dans les résultats car l’hébergeur paie une commission plus élevée sont clairement identifiées comme publicités.
L’enquête fait suite à des demandes d’informations envoyées par la Commission en septembre 2025 et mai 2026, ainsi qu’à l’examen des rapports d’évaluation des risques de Booking.com depuis 2023. En cas d’infraction avérée, les amendes peuvent atteindre jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial. Il n’y a pas de date limite pour la procédure, et Booking.com peut proposer des engagements pour répondre aux préoccupations de la Commission.

Booking.com a déclaré « coopérer pleinement » et que « la sécurité, la confiance et la protection des informations personnelles sont des priorités absolues », selon The Irish Times.
Pour comprendre pourquoi Booking.com est la première plateforme visée, il faut observer la perception qu’en ont les régulateurs européens.
Pourquoi Booking.com concentre-t-elle le débat sur la fraude en Europe ?
Dès qu’il s’agit de logement, Airbnb incarne habituellement le débat. Mais quand la question devient celle des escroqueries en Europe, Booking.com l’incarne de plus en plus. Ce n’est pas que le problème lui soit propre, mais à cause de sa taille et de son statut règlementaire.
Booking.com est la plus grande plateforme d’hébergement en Europe et l’UE l’en traite en conséquence :
- Elle a été désignée comme Very Large Online Platform dans le cadre du DSA en avril 2023, impliquant des obligations d’évaluation et de réduction des « risques systémiques » comme la fraude.
- Elle est également désignée comme gatekeeper au sens du Digital Markets Act (DMA), le règlement de la concurrence pour les plus grandes plateformes de l’UE depuis 2024.
La Commissaire européenne en charge du numérique, Henna Virkkunen, a résumé l’enjeu ainsi : « nous devons nous assurer que la première plateforme de réservation en Europe prenne ses responsabilités au sérieux. »
Les voyageurs ont aussi des raisons d’être prudents. En avril, Booking.com a confirmé qu’un tiers non autorisé avait accédé aux noms, adresses email, numéros de téléphone et détails de réservation de certains utilisateurs, tout en réinitialisant les NIP de réservation en conséquence. L’affaire parisienne a ajouté l’IA dans l’équation : le responsable anti-fraude de Booking.com, Pascal Mafait, a décrit l’attaque comme bien plus sophistiquée qu’une simple fausse annonce, impliquant des outils d’IA, selon Le Tribunal du Net.
Aucun de ces problèmes n’est exclusif à Booking.com. RSU a déjà relaté une escroquerie multimillionnaire basée sur de fausses annonces sur Airbnb ayant opéré sur environ 100 logements aux États-Unis. Mais en tant que plus grande plateforme européenne, Booking.com devient le point d’entrée des régulateurs.
La préoccupation de la Commission quant au phishing met également en lumière un aspect du fonctionnement de Booking.com : la gestion du paiement par les voyageurs.
Comment les escrocs exploitent-ils les réservations Booking.com ?
Sur Airbnb, les voyageurs paient toujours la plateforme. Sur Booking.com, ce n’est pas systématique. Selon les réglages du logement, le paiement peut passer par Booking.com, se faire à l’arrivée, ou via un lien transmis par le propriétaire.
Cette flexibilité convient à de nombreux hôtes et hôtels. Mais cela signifie aussi que les voyageurs s’habituent à recevoir des demandes de paiement émanant directement du logement, rendant une fausse sollicitation plus crédible. C’est cette faille que la Commission identifie en pointant la conception de la messagerie Booking.com et le risque que les données servent à « solliciter des paiements frauduleux ».
Le risque existe dans les deux sens :
- Côté voyageur : des escrocs obtenant de vraies données de réservation peuvent envoyer des messages très convaincants réclamant un paiement ou une « vérification ».
- Côté hôte : dans le cas parisien, les arnaqueurs ont apparemment usurpé les comptes de certains hôtes, pris le contrôle de vraies annonces puis modifié l’adresse tout en gardant les avis, selon Journal du Geek.
Pour les hôtes, ce second scénario compte tout autant : une annonce piratée nuit à la réputation du vrai logement comme au séjour du voyageur.
Le troisième volet de l’enquête ne concerne pas les arnaques, mais touche un sujet évoqué par RSU ce mois-ci.
Les annonces mises en avant de Booking.com porteront-elles la mention « publicité » ?
La Commission indique que « les hébergeurs peuvent rendre leurs annonces plus visibles dans la recherche Booking.com en payant une commission majorée » et que les voyageurs devraient pouvoir reconnaître ces « annonces boostées » comme des publicités. Aucun programme n’est cité, mais la description semble viser des options comme les programmes Preferred et Preferred Plus.
Ces mêmes programmes ont déjà été examinés par l’UE pour d’autres raisons. Comme RSU l’a rapporté plus tôt ce mois-ci, les changements DMA de Booking.com ont supprimé l’exigence de parité tarifaire (l’interdiction de proposer ailleurs des prix inférieurs à Booking.com) pour l’éligibilité aux programmes Genius, Preferred et Preferred Plus, et les prix extérieurs n’affectent plus ses remises sponsorisées dans l’UE.
Placées côte à côte, les deux lois formulent des demandes différentes sur les mêmes outils de visibilité :
- Le DMA demandait : ces programmes sont-ils équitables pour les hébergeurs qui les rejoignent ?
- Désormais le DSA demande : sont-ils transparents pour les voyageurs qui voient les résultats ?
Pour les hôtes qui paient une commission plus élevée pour être mis en avant, l’arrivée d’une mention « publicité » est l’un des points à surveiller. On ne sait toutefois pas encore comment les voyageurs y réagiront.
La question de la mention publicitaire est propre à Booking.com. La question des arnaques ne l’est pas.
Pourquoi les plateformes limitent l’accès des hôtes aux informations voyageurs
Le phishing fonctionne car un simple détail véridique – nom, date, téléphone – rend un message factice crédible. Les plateformes cherchent à répondre en conservant davantage de ces informations dans leurs propres systèmes.
- En 2023, Airbnb a cessé de partager les adresses emails alias et privilégie désormais sa messagerie interne.
- L’adoption par Airbnb des numéros de téléphone temporaires répond à la même logique.
- L’UE élargit cette pression à d’autres secteurs que le voyage : Meta est visé par une enquête DSA pour publicités frauduleuses depuis 2024.
Pour les hôtes, ces évolutions ont un coût réel. Avoir moins de contacts directs rend l’organisation des arrivées plus difficile et limite la fidélisation. Cette frustration est légitime.
Mais les voyageurs confrontés à des histoires d’appartements fantômes ou de fuites de données ont aussi raison d’être inquiets ; et il n’est pas cohérent de reprocher aux plateformes de ne rien faire puis de faire quelque chose. L’enquête Booking.com laisse penser qu’un tel durcissement va continuer, sur Booking.com comme chez ses concurrents.
Mais concrètement, qu’est-ce que cela change pour les personnes publiant leurs annonces sur ces plateformes ?
Quelles conséquences pour les hôtes et gestionnaires ?
Rien ne change aujourd’hui pour les hôtes. L’ouverture d’une procédure ne préjuge pas de l’issue, il n’y a pas de délai, et aucun acte n’est demandé aux hôtes. Mais les trois domaines visés laissent entrevoir les changements les plus probables si Booking.com propose des engagements ou si la Commission se prononce contre la plateforme.
- Messagerie et paiements : la Commission a explicitement parlé de la conception de la messagerie et des demandes de paiement. Un renforcement des contrôles sur les liens de paiement ou sur le partage des données voyageurs avec les hébergeurs serait une réponse logique.
- Sécurité des comptes : l’affaire parisienne montre que les comptes hôtes sont aussi une cible, pas seulement les boîtes de réception des voyageurs. Des étapes de vérification supplémentaires pour la connexion ou la modification d’une annonce pourraient être envisagées.
- Conformité des annonces : « offres d’hébergement non conformes » apparaît aux côtés des fausses annonces dans le communiqué. Cela recoupe les règles d’enregistrement des locations de courte durée, en vigueur depuis mai 2026, demandant aux plateformes de vérifier les numéros d’enregistrement.
- Visibilité payante : les hôtes payant une commission plus élevée pour plus de visibilité pourraient voir leur annonce porter la mention publicité en Europe.
Le fil conducteur reste la confiance. Chacune de ces évolutions ajoute un peu de complexité pour les hôtes, mais elles visent à rendre la réservation plus rassurante pour qui a lu une histoire d’appartement fantôme à Paris.
Pourquoi l’examen ne s’arrêtera pas à Booking.com
Booking.com est la première plateforme à faire l’objet d’une enquête DSA sur la fraude, et sûrement pas la dernière. Les escrocs ne visent pas une marque spécifique ; ils vont là où il y a réservations et données, et l’IA rend leurs messages toujours plus rapides et crédibles.
Pour les hôtes, la leçon dépasse Booking.com et l’Europe. Lorsqu’une plateforme limite les coordonnées, impose des procédures de paiement ou des étapes de vérification, c’est souvent sous la pression de telles enquêtes. En comprendre l’origine aide à s’y préparer, même si ces ajustements sont contraignants.
Uvika Wahi est rédactrice chez RSU by PriceLabs, où elle dirige la couverture de l’actualité et l’analyse destinées aux gestionnaires professionnels de locations saisonnières. Elle écrit sur Airbnb, Booking.com, Vrbo, la réglementation et les tendances du secteur, aidant les gestionnaires à prendre des décisions éclairées. Uvika intervient également lors d’événements internationaux majeurs tels que SCALE, VITUR et le Direct Booking Success Summit.




