Analyse exclusive de Rental Scale-Up des ensembles de données d’Eurostat sur les locations de courte durée pour Airbnb, Booking.com et Expedia Group, pays par pays et région par région
Le 2 octobre, Eurostat a publié des chiffres auxquels la plupart des gestionnaires de biens ne prêtent jamais attention : le nombre réel de séjours réservés via Airbnb, Booking.com et Expedia Group (qui possède Vrbo) dans chaque pays et région de l’UE, mois par mois. Ils montrent que le marché européen de la location de courte durée (locations de vacances, réservées à la nuitée) a nettement ralenti au premier semestre 2026, et que plusieurs certitudes du secteur sur les endroits et les périodes où les Européens louent sont tout simplement fausses.
Il ne s’agit pas d’estimations issues du scraping de listes d’annonces. Les plateformes déclarent leurs séjours à Eurostat, l’office statistique de l’UE, depuis un accord conclu en 2020 avec la Commission européenne. Depuis le 20 mai 2026, un règlement européen impose également aux plateformes de partager les données d’activité avec les autorités publiques. Le résultat est l’un des ensembles de données sur la location de courte durée les plus complets disponibles pour l’Europe.
Pour cet article, l’équipe Rental Scale-Up est allée au-delà du communiqué d’Eurostat. Nous avons téléchargé les ensembles de données, avec des chiffres mensuels pour chaque pays de l’UE sur plusieurs années ainsi que pour environ 240 régions en 2025, puis comparé ces données pour construire notre propre lecture, y compris des classements qu’Eurostat ne publie pas, comme la région leader chaque mois en Europe ou les zones où la demande varie le plus.
Premièrement, le ralentissement. Les nuitées réservées via les trois plateformes ont augmenté de 6,9 % entre janvier et juin 2026, contre 13,4 % sur la même période en 2025, selon Eurostat. Les réservations continuent à progresser, mais à la moitié du rythme de l’an dernier. Et seules 3 des 13 plus grands marchés ont connu une croissance de 10 % ou plus, contre 11 l’an passé.
Les données ne précisent pas pourquoi. Des budgets des ménages plus restreints, des coûts de voyage plus élevés comme le carburant, et moins d’annonces dans les zones où de nouvelles réglementations ont réduit l’offre pourraient tous jouer un rôle. Pâques et la Pentecôte sont aussi tombées sur des mois différents qu’en 2025, ce qui modifie la répartition des voyages. Nous ne cherchons pas à hiérarchiser ces causes. Ce que montrent clairement les données, c’est le ralentissement lui-même et les endroits les plus touchés.
Deuxièmement, les clichés. Avant de lire la suite, faites ce test rapide sur ce que vous pensez savoir du marché européen de la location de courte durée :
- La demande se concentre-t-elle surtout l’été ? Non. Juillet et août ne représentaient qu’un tiers des nuitées sur plateformes dans l’UE en 2025. Même en ajoutant juin, les trois mois d’été comptent pour 43 % de l’année.
- Les régions les plus fréquentées bordent-elles toutes la Méditerranée ? Non. Les Canaries, dans l’Atlantique au large de l’Afrique, sont la région n°1 d’Europe pour la location de courte durée en janvier, mars et novembre. En février, la première place revient à la région de Lyon et aux Alpes françaises, et la région parisienne est la cinquième sur l’ensemble de l’année.
- L’Espagne est-elle le plus grand marché d’Europe ? Non. C’est la France, avec 213 millions de nuitées en 2025 contre 189 millions pour l’Espagne, et 60 % des nuitées françaises sont réservées par des personnes résidant en France.
- La Croatie est-elle un géant européen de la location de courte durée ? Seulement l’été. Sa côte est la première région européenne en juillet, mais elle n’est classée que 82e en janvier.
Pourquoi c’est important : Le calendrier de votre marché détermine l’impact du ralentissement pour vous cette année. Un janvier-juin faible est un signal d’alerte pour un marché de ski ou de ville, mais ne dit pas grand-chose encore pour un marché balnéaire dont l’année se joue en juillet-août.
À retenir de notre analyse exclusive des données Eurostat :
- 57 % des nuitées sur plateformes dans l’UE en 2025 ont eu lieu dans seulement trois pays : France, Espagne et Italie
- 31 % de la baisse du taux de croissance de l’UE provient de l’Espagne à elle seule
- 8 000 à 2,3 millions : nuitées sur les îles Ioniennes (Grèce) en janvier 2025, puis en août
- 1,4 fois : l’écart entre le mois le plus fort et le plus faible à Madrid, la région la plus régulière des grandes régions
Comment lire ces chiffres : Eurostat compte les nuitées, pas les réservations ni les logements. Chaque personne compte pour chaque nuit, ainsi une famille de quatre personnes séjournant trois nuits équivaut à 12 nuitées. Chaque chiffre de croissance de cet article compare une période avec la même période de l’année précédente.
La région n°1 de la location courte durée en Europe change quatre fois par an
Nous avons classé chaque région de l’UE par nuitées pour chaque mois de 2025. Les régions d’Eurostat sont les grandes régions administratives déjà utilisées par les pays, comme les communautés autonomes en Espagne ou les regioni en Italie, il y en a environ 240 dans l’UE. Le haut du classement suit le calendrier :
- Soleil d’hiver : les Canaries, l’archipel atlantique espagnol au large de l’Afrique, mènent en janvier, mars et novembre.
- Neige : Rhône-Alpes, la région de Lyon et des Alpes françaises (Annecy, Chamonix), prend la tête en février.
- Printemps et automne : l’Andalousie domine en avril, mai, septembre, octobre et décembre.
- Été : l’Adriatique croate, la côte et les îles du pays d’Istrie à Dubrovnik, prend la tête en juin, juillet et août, avec 12,2 millions de nuitées rien qu’en août.

L’Andalousie est la seule région présente dans le top 3 européen tous les mois de l’année, ce qui en fait le marché de location courte durée le plus régulier du continent, ainsi que le plus important. La Croatie adriatique représente l’autre extrême : 82e en janvier, sixième en mai, première de juin à août.
Rhône-Alpes n’est pas qu’une région de ski. Elle inclut aussi Lyon, l’une des plus grandes villes de France, qui attire voyageurs d’affaires et de loisir toute l’année. Cela évite à la région de trop chuter hors saison. Même en novembre, son mois le plus calme, elle a enregistré 0,8 million de nuitées, soit sept fois plus que la Croatie adriatique en janvier, et son mois le plus chargé n’est qu’environ quatre fois son plus bas.
En hiver, le marché se déplace vers le sud et en altitude. Au total en janvier, février et décembre 2025, les Canaries ont enregistré 8,8 millions de nuitées, Rhône-Alpes 8,4 millions et l’Andalousie 8,1 millions, toutes devant la région parisienne (5,9 millions). Chacune vend un hiver différent : soleil, neige et littoral tempéré doté de villes.
Quelques régions font le marché
Au niveau infra-national, la demande est concentrée dans un petit nombre d’endroits. Les dix plus grandes régions regroupent 32 % de toutes les nuitées sur plateformes de l’UE, et les vingt premières en rassemblent 46 %.

L’Andalousie à elle seule a comptabilisé 50,3 millions de nuitées, plus que tout le Portugal (49,5 millions) ou la Pologne (44,4 millions). Dans plusieurs pays, une région concentre la majorité du marché : la côte adriatique représente 94 % des nuitées croates, Budapest 72 % des nuitées hongroises et Prague 50 % de celles de Tchéquie.
L’Allemagne fait exception. Ses principales régions sur plateformes sont ses côtes baltiques et de la mer du Nord, menées par le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale avec 9 % des nuitées allemandes, tandis que Berlin ne pèse que 5 %.
Pourquoi la France est le n°1 européen de la location courte durée
La France a enregistré 213 millions de nuitées sur plateformes en 2025, devant l’Espagne (189 millions) et l’Italie (139 millions). La raison n’est pas que la France soit fréquentée toute l’année ; sa demande se concentre même un peu plus sur l’été que celle de l’Espagne, avec 35 % de ses nuitées en juillet et août contre 30 %. C’est parce que la France dispose de plusieurs grands marchés qui culminent chacun à un moment différent, et d’une clientèle domestique immense en été.
Six grandes régions, chacune avec son propre pic
Six des 20 plus grandes régions européennes de location courte durée sont françaises, soit autant qu’en Espagne : Provence-Alpes-Côte d’Azur (33,5 millions de nuitées), région parisienne (30,2 millions), Rhône-Alpes (24,8 millions), Languedoc-Roussillon (15,0 millions), Aquitaine (13,7 millions) et Bretagne (12,5 millions). Aucune région ne domine, et la plus grande, Provence-Alpes-Côte d’Azur, ne détient que 16 % des nuitées françaises, contre 27 % pour l’Andalousie en Espagne.
Ces régions vendent des atouts différents. L’Île-de-France atteint son pic en juin et reste occupée toute l’année, Rhône-Alpes culmine en février grâce au ski, et les côtes atlantique et méditerranéenne se remplissent en juillet et août.
Un marché domestique considérable
La seconde raison, ce sont les voyageurs français eux-mêmes. En 2025, 60 % des nuitées sur plateformes en France étaient réservées par des résidents, contre 38 % seulement en moyenne dans l’UE. En août, la France a enregistré 40,6 millions de nuitées contre 30,1 millions pour l’Espagne, et sur l’année la France devance l’Espagne huit mois sur douze. L’Espagne l’emporte en mars et de septembre à novembre.
Les plus grands écarts : de l’août de Corfou à l’année lissée de Madrid
Le chiffre le plus frappant des données est l’écart entre le mois le plus fort et le plus faible d’une région. Sur les Îles Ioniennes (Corfou, Zakynthos, Céphalonie), les voyageurs ont passé environ 8 000 nuitées en janvier 2025 et 2,3 millions en août, soit 281 fois plus.
Mois le plus chargé contre mois le plus calme
| Région | Mois le plus fort | Mois le plus faible | Écart (plus fort / plus faible) |
|---|---|---|---|
| Îles Ioniennes (Grèce) | Août : 2,35M | Janvier : 8 000 | 281 fois |
| Égée du Sud (Grèce) | Août : 2,29M | Janvier : 18 000 | 130 fois |
| Croatie adriatique | Août : 12,16M | Janvier : 107 000 | 114 fois |
| Corse (France) | Août : 1,45M | Janvier : 17 000 | 85 fois |
| Sardaigne (Italie) | Août : 2,05M | Janvier : 40 000 | 51 fois |
| Crète (Grèce) | Août : 2,00M | Janvier : 44 000 | 45 fois |
| Vienne (Autriche) | Décembre : 729 000 | Février : 352 000 | 2,1 fois |
| Région parisienne (France) | Juin : 3,21M | Février : 1,72M | 1,9 fois |
| Canaries (Espagne) | Août : 3,07M | Mai : 1,68M | 1,8 fois |
| Madrid (Espagne) | Octobre : 1,25M | Février : 0,89M | 1,4 fois |
Nuitées en 2025, régions totalisant plus de 5 millions de nuitées annuelles. Source : analyse Rental Scale-Up des données Eurostat.
Îles et capitales : deux modèles bien différents
En 2021, nous avions décrit la demande de locations de courte durée en Europe comme hyper-saisonnière, avec un fort pic estival et de faibles mois de part et d’autre. Les données 2025 révèlent un tableau plus nuancé : ce schéma correspond bien aux îles et littoraux, mais pas aux capitales ni aux Canaries.
Pour un gestionnaire sur les îles grecques ou croates, l’année se joue en huit semaines environ, et un mois de juillet ou d’août raté ne se rattrape pas. À Madrid, Paris ou Vienne, l’activité est quasiment constante d’un mois sur l’autre, et à Vienne, le mois le plus chargé est décembre.

Les grandes régions les plus dépendantes de l’été sont toutes littorales : la Croatie adriatique réalise 59 % de son année en juillet-août, la Corse 54 %, les Îles Ioniennes 52 %, l’Aquitaine, la Galice et l’Égée du Sud 49 %. Les capitales sont à l’opposé, avec Madrid à 16 % et Paris, Rome, Vienne et les Canaries autour de 19 %.
Là où le refroidissement 2026 a le plus frappé
Janvier à juin est la saison principale pour les villes, zones de ski et Canaries, mais la basse saison sur le littoral. Au niveau européen, ces six mois ont concentré 40 % des nuitées de 2025, contre seulement 27 % en Croatie, 31 % en Grèce, et 49 % en Autriche. Le ralentissement mis en avant par Eurostat reflète donc surtout les marchés ouverts toute l’année et n’indique pas encore grand-chose pour les marchés estivaux.

Autriche et Croatie : même ralentissement, sens différent
L’Autriche a progressé de 1,2 % sur des mois représentant la moitié de son année, soit une saison principale faible et un vrai signal d’alerte. La Croatie a crû de 2,1 % sur des mois pesant à peine un quart de son année, donc le verdict viendra avec les chiffres d’été.
L’Espagne a freiné, l’Italie a compensé
L’Espagne est passée de locomotive de la croissance européenne à un facteur limitant. Sa croissance a chuté de 13,5 % à 3,7 %, et vu son poids, cette baisse explique à elle seule 31 % du ralentissement de la croissance de l’UE (de 13,4 % à 6,9 %). Sur les 25,9 millions de nuitées supplémentaires en Europe, l’Espagne n’en compte que 2,9 millions contre 5,5 millions pour l’Italie. La France a augmenté de 6,9 %, soit la moyenne européenne, mais pèse encore pour 22 % de la chute, ayant crû de 13,3 % l’an passé.
Comme Budapest et Prague dominent leurs pays, les chiffres de la Hongrie (+0,3 %) et de la Tchéquie (+13 %) reflètent largement le sort de ces deux capitales allant dans des directions opposées. C’est notre interprétation, puisque les données régionales d’Eurostat ne couvrent pas encore toute l’année 2026.
Les voyageurs étrangers marquent le pas dans quatre marchés
En Croatie, Autriche, Portugal et Hongrie, les voyageurs étrangers représentent 83 % à 91 % des nuitées. Entre janvier et juin 2026, les nuitées réservées par des étrangers ont progressé entre −3,6 % et +2,3 %, tandis que les nuitées des locaux ont crû de 4,8 % à 25,1 %. La Tchéquie montre que ce n’est pas une règle : 71 % de ses nuitées sont étrangères et elles ont tout de même augmenté de 11,2 %.
Pourquoi un mois isolé est trompeur cette année
Les dates des congés ont changé cette année. Pâques est tombée le 20 avril en 2025 mais le 5 avril en 2026, et le lundi de Pentecôte, férié en Allemagne, Autriche, France et d’autres pays, est passé du 9 juin au 25 mai. La croissance européenne a donc oscillé entre +11,4 % en mars et +1,4 % en avril, puis de +14,2 % en mai à +1,2 % en juin : la hausse de 6,9 % sur six mois est donc la donnée clé.
Ce que cela signifie pour les gestionnaires de biens
- Connaissez votre calendrier. Calculez la part de vos nuitées entre janvier et juin. Si elle s’approche de la moitié, comme en Autriche ou en ville, les chiffres de cette année décrivent déjà votre saison principale.
- Comparez-vous à votre type de région, pas à la moyenne UE. Un appartement à Paris et une villa à Corfou sont deux réalités différentes, et la moyenne européenne est surtout portée par la France, l’Espagne et l’Italie.
- Regardez quelle région domine vos mois clés. Si vous vendez l’hiver, vos rivaux sont les Canaries, les Alpes et l’Andalousie, pas le marché européen moyen.
- Si votre clientèle est majoritairement étrangère, suivez-la séparément des locaux. Dans les quatre marchés les plus dépendants du voyage international, ce sont les voyageurs locaux qui ont tiré la croissance cette année : cibler la clientèle de proximité peut donc rapporter.
- Si vous visez un marché estival, attendez janvier. Eurostat publie les données juillet à septembre début janvier 2027, le premier vrai test pour les marchés balnéaires. En attendant, notre checklist basse saison vous donne des pistes pour remplir les périodes creuses.
Comment nous avons mesuré
Rental Scale-Up a classé environ 240 régions de l’UE (ce qu’Eurostat appelle les régions NUTS 2) selon les nuitées mensuelles en 2025, en utilisant la base de données Eurostat tour_ce_omn12 (extrait le 8 octobre 2026). Les chiffres nationaux, y compris la distinction étrangers/domestique, proviennent du jeu de données Eurostat tour_ce_omr (extrait le 9 octobre 2026). Lisbonne, le Portugal central, Utrecht et la Hollande méridionale sont absents car une modification de frontière a eu lieu en 2024.
Pour aller plus loin
- Communiqués d’Eurostat avril–juin 2026 et janvier–mars 2026
- Règlement UE 2024/1028 : points clés avant le 20 mai 2026
- Le tourisme est-il devenu hypersaisonnier en Europe ? (2021)
- Stratégie tarifaire des locations de vacances européennes 2026 : la crise du carburant
- Locations courte durée européennes : records 2024 et perspectives 2025
- Le grand retour de la location courte durée européenne
Thibault Masson est un expert reconnu en gestion des revenus et en stratégies de tarification dynamique dans le secteur de la location saisonnière. En tant que responsable du marketing produit chez PriceLabs et fondateur de Rental Scale-Up, Thibault aide les hôtes et les gestionnaires immobiliers grâce à des analyses concrètes et des solutions basées sur les données. Fort de plus de dix ans d’expérience dans la gestion de villas de luxe à Bali et à Saint-Barthélemy, il est un conférencier recherché et un créateur de contenu prolifique, capable de rendre simples des sujets complexes pour un public international.




